Nous sommes en Février 1948 et il gèle à pierre fendre en Plaine Vosgienne. Le village de D’ombrot  le Sec se réveille lentement . Il est au bout du Petit Vair, zone géologique particulière à l’origine de ce nom lui même si particulier . La nature fait ici bien plus qu’y végéter , elle clame sans cesse sa superbe , entre une rue montante et la proximité forte du canton de Lamarche , qui en fait tout autre chose qu’une commune annexe des cités thermales voisines. Dombrot revendique fièrement sa spécificité.  Le pain se disant ’’Brot” en Allemand , l’on peut supposer en ces lieux une forte dimension à la fois Germanique et spirituelle, comme si le ’’Dom” attribué aux religieux d’autrefois y avait fait corps avec le ’’Pain des Anges’’.

Dombot parle et a une identité marquante . Les paysans en ont façonné autant les champs que les chemins vicinaux . La terre est une alliée fidèle de tout Dombricien qui se respecte . L’an 1948 est un temps de redressement , qui fait suite aux dures années de guerre , marquées autant par le départ des hommes au STO que par la farouche résistance des maquis voisins.  C’est une année dure  très dure. L’on y sent que les stigmates sont profonds.

Les épouses ont tout tenu à bout de bras, notamment Jeanne El Asnam, maire depuis 1936 , âgée en cette année 48 de 50 ans , au faîte de son rayonnement et qui a tout fait pour éviter bien des drames aux familles du pays. Jeanne, assise à sa table d’écolier, entend un cri strident venu de loin. ” Jeanne, Jeanne, c’est un petit Alain, çà y est !’’.

Nouvelle naissance au village.  Pour elle, l’évènement est massif. C’est sa petite sœur Louise Ludivine qui est maman pour la onzième fois. Jeanne part en courant, tombe sur la neige et s’effondre de bonheur, en larmes, dans la chambre natale.

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